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Chapitre 7 - LA RENAISSANCE

A partir de l’automne 45, les choses semblent s’accélérer à Boulogne et le trafic commercial, nécessaire au redémarrage de l’économie et à la fourniture de matières premières, se met en place. Pourtant le port, dévasté, envasé, rempli de pièges et de navires coulés, reste inaccessible aux bateaux de commerce. Ce sont donc des péniches à fond plat, tout droit arrivées des canaux du Nord, qui assurent la navette entre les embarcations au ventre plein, mouillées dans la rade, et les quais de déchargement où quatre grues rafistolées déchargent à un rythme soutenu le matériel nécessaire à la reconstruction.

A la maison, la rentrée des classes des petits se fit dans des conditions plus que difficiles. Les écoles avaient, elles aussi, terriblement souffert de la guerre. Deux sur trois avaient été détruites ou sérieusement endommagées. L’école Clocheville qu’ils devaient fréquenter n’avait plus de toiture et seules quelques classes étaient utilisables. Outre l’état des bâtiments, ce sont les conditions de travail qui étaient déplorables. Peu de livres et de matériel pour écrire, peu de mobilier encore en état, obligation pour les enfants de travailler parfois à trois ou quatre sur une même table. Malgré cet environnement difficile, la cour de l’école retrouvait ses rires et ses cris d’enfants et l’important était bien là.

Depuis notre retour en avril, la population boulonnaise avait quasiment doublé, revenant à près de 40.000 personnes. Bien entendu, cet afflux de population posait deux problèmes majeurs, celui du logement dans une ville sinistrée à quatre-vingt pour cent, dans laquelle seul un logement sur huit avait été épargné par les bombardements, et surtout le problème du ravitaillement. Le système pourtant bien organisé des cartes de rationnement était souvent défaillant faute d’approvisionnement, laissant de plus en plus la place au marché noir. La pénurie de produits était chronique, un jour le lait, le lendemain le pain ou le sucre ou la viande. Il était devenu presque impossible d’utiliser tous les tickets par manque de produits. Avec parfois des aberrations qui consistaient à réquisitionner le poisson pêché à Boulogne pour le distribuer dans les villes intérieures, un comble pour nous qui, avant la guerre, profitions du poisson de la gainée à chaque retour de marée.

Cette pénurie ne se limitait pas à l’alimentaire, il en était de même pour le textile, lui aussi distribué avec parcimonie avec un système de cartes d’habillement. A cette époque, Casablanca la Blanche était notre ville marraine et on voyait arriver du Maroc des dons de vêtements destinés aux habitants de notre ville. Impossible cependant de satisfaire toutes les demandes et il fallait faire preuve d’imagination pour répondre à l’urgence. Il y avait bien sûr le principe simple consistant à transmettre aux plus jeunes des vêtements devenus trop petits. Mais pour moi qui étais devenue la fille aînée, cela devenait impossible. C’est l’épisode du manteau qu’il me fallait trouver avant l’hiver qui m’a le plus marquée. C’est encore une fois sur une idée de mon père que l’on trouva une solution qui ne me plut que moyennement. Nous avions eu l’opportunité de récupérer auprès de l’Entraide Française deux vieilles couvertures provenant des camps de prisonniers.

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Pour Jeannine, c’est le retour progressif à une vie normale, même si les restrictions restent omniprésentes.

C’est la découverte d’autres plaisirs, les sorties, la danse, sans oublier le travail à Capécure. C’est aussi pour son père la reprise tant attendue de son métier de marin après six années sans naviguer.

Enfin vient la rencontre avec François, l’amour de sa vie. Une histoire pleine de tendresse. Elle les conduira au mariage en 1949 et à la naissance de Marie-Thérèse, leur fille aînée.

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Nous sommes en 1946, les choses s’accélèrent. L’activité reprend, les bateaux reviennent progressivement remplir le port toujours dévasté.

Le plan de reconstruction se met en place avec une priorité, la zone portuaire. Il faut faire repartir l’activité du port. Pour le logement, on privilégiera le provisoire. Les ruines resteront encore présentes de nombreuses années.

Ce plan de reconstruction se terminera en 1960, longtemps, très longtemps après la fin de la guerre. En attendant, bon nombre de familles continueront à vivre dans ces logements précaires.